Accueil | Débat du jour | Arrêt des législatives de 91 - Chroniques d'un procès (II)

Arrêt des législatives de 91 - Chroniques d'un procès (II)

Par | |
Au plus fort de la tempête, Chadli avait accusé Nezzar d' "agent de la France" Au plus fort de la tempête, Chadli avait accusé Nezzar d' "agent de la France"

Y-a-t-il un lien entre la répression de la Révolte du 5 octobre 88 et l'arrêt du processus électoral de 91? Face au grand Malaise généré par la situation explosive du pays et le contexte international marqué par l'invasion du Koweït par l'Irak, l'Armée algérienne devait-elle rester spectatrice?

L'Armée a-t-elle pris le pouvoir grâce au 5 Octobre 88?

Dans notre précédent article, nous avons passé en revue la confrontation des trois thèses développées sur l'arrêt du processus électoral de 1991. Celles-ci ont refait surface lors du procès en diffamation du général Khaled Nezzar contre M. Habib Souaïdia à Paris, du 1er au 5 juillet 2002 et mis l'Armée algérienne au coeur de ces conflits...

Sid Ahmed Ghozali impuissant...

Dans son "Mémorandum -Devoir et Vérités" publié dans le quotidien El Watan, qui sera repris dans ses Mémoires, Khaled Nezzar, l’ancien ministre de la défense, ne manque pas de rappeler que les résultats des élections législatives du 26 décembre 91 ont provoqué dans le pays une "vague d’angoisse" y compris chez une partie de l’électorat Fis. Pourtant, il explique, qu’en dépit de "louables efforts", le chef du gouvernement, Sid Ahmed Ghozali, n’avait pu assurer un scrutin "libre et honnête" comme il l’avait promis. Selon Nezzar, il ne le put pour plusieurs raisons:
1) Les municipalités Fis qui représentaient alors plus de 80 % des communes du pays échappaient au contrôle de l’Administration et les mosquées ont été progressivement érigées en tribunes électorales et en foyers de subversion, sans compter le fait que plus d’un million de cartes d’électeurs n’ont pu être distribuées.

2) Les conditions de vote ont été déterminantes : le scrutin uninominal majoritaire à deux tours retenus par l’ex-APN contre la proposition faite à l’époque par le chef du gouvernement d’un mode proportionnel. Khaled Nezzar attribue la responsabilité de cet "échec" au FLN, accusé, ainsi que son secrétaire général, d’avoir fait obstruction dans ce face à face qui l’opposait au gouvernement.
Ce même parti est accusé également de s’être opposé, le 5 juin 1991, dès la destitution de l’ex-chef du gouvernement, Mouloud Hamrouche, à la constitution d’un conseil consultatif national (CCN) qui, selon le général Nezzar, devait regrouper l’ensemble des forces politiques au lendemain de la proclamation du second état de siège.

Ce que dit en substance Khaled Nezzar sur cette période de crise, dix ans (2002) presque après les faits, résume les éléments essentiels qui ont conduit à la vacance du pouvoir et à l’arrêt du processus électoral: "Le nouveau chef du gouvernement, en dépit de ses louables efforts pour favoriser une relance du processus démocratique, ne put assurer un scrutin libre et honnête comme promis et pour cause les municipalités Fis échappaient à l’administration publique et les mosquées demeuraient des tribunes électorales et des foyers de subversion. Un million de cartes d’électeurs ne fut pas distribué, volontairement. La présence intimidante des militants du Fis dans les bureaux de vote et l’absence quasi totale des autres formations politiques, tout cela favorisa l’altération de la consultation législative du 26 décembre 1991 dont les résultats en termes de sièges, auraient été tout autres si le Bureau politique du FLN n’avait pas imposé le mode de scrutin uninominal majoritaire à l’assemblée nationale, en opposition au projet gouvernemental qui, lui, prévoyait un scrutin proportionnel intégral au niveau de la wilaya." ( In Mémoires…)

Dix ans ( 2002) après l’arrêt du processus électoral, et dans un contexte politique marqué par les législatives qui consacrent le retour du FLN comme parti majoritaire au parlement et dans la coalition gouvernementale, la crise en Kabylie, les foyers de tensions marqués par des émeutes, le regain des massacres terroristes, le rôle de l'Armée algérienne revient au premier plan de la scène politique comme il y a dix ans, dans l'arrêt du processus électoral. Les dernières déclarations du Général major et Chef d'Etat major des forces armées, précédées d'interventions anonymes du "général X" et suivies de celles qui s'expriment sous une "source autorisée" traduisent, à ce niveau du jeu clair-obscur, un Malaise accru à un double niveau : le projet de concorde nationale de Bouteflika et les implications du double attentat du 11 septembre.

Première sortie médiatique Khaled Nezzar sur Octobre 88

La première sortie médiatique de Khaled Nezzar remonte au mois de mai 1996 dans une longue contribution publiée en deux parties dans les colonnes d’El Watan et portant sur les événements d'Octobre 1988. "Contrairement aux idées répandues, le 5 octobre ne fut ni un événement spontané ni une recherche de liberté et de démocratie. Malgré l'absence d'une enquête officielle vainement demandée, nous pouvons affirmer qu'à l'origine, il ne s'agissait que de contestations publiques fomentées en prévision du congrès du FLN dans l'espoir de conforter certaines tendances. La manifestation échappant à ses artisans, ne manqua pas d'être chevauchée par toute une cohorte de forces de toutes obédiences. L'armée, alors éloignée, à dessein, des grandes agglomérations et accaparée par ses missions de défense aux frontières, n'eut d'autres recours que de déployer, dans la précipitation, des prodiges de prouesse pour rétablir l'ordre et arrêter l'anarchie et ce, sur décision du président de la république". Pour Khaled Nezzar, le rôle de l'armée fut décisif dans l'arrêt de "l'anarchie" : " C'est depuis que se cristallisa au sein de l'armée et notamment aux yeux des autorités et des acteurs du rétablissement de l'ordre, l'impératif d'un changement fondamental du système politique où l'armée ne serait plus sujette à l'instrumentalisation de la part du pouvoir". Lui, préférant le terme de "destitution" à "démission" en parlant de la vacance du pouvoir avec le départ de Chadli Bendjedid le 11 janvier 1992.

Le rôle de l'Armée: une spectatrice?

Entre temps, et à la faveur du contexte international marqué par la guerre du Golfe, la coalition des alliés contre l'Irak qui a envahi le Kowet, les islamistes du Fis, ainsi que l'écrit Nezzar, "mirent à profit cette situation pour tenter de « militariser » ses militants au prétexte d'un Djihad pour l'Irak", référence faite à Ali Benhadj que reçut le Général en tenue militaire de l'ANP. À cette thèse du complot, qui, selon lui, n'avait pour objectif que de porter atteinte au congrès du FLN s'ajoute l'explication de la récupération du Fis de la révolte d'Octobre par le contexte international. Pourtant, parlant des élections communales après des efforts vains de la relance du "processus démocratique" par l'idée sitôt née sitôt morte d'un conseil constitutionnel, la gestion des communales après les élections communales de 1990 : "Le Fis vainqueur des élections municipales de Juin 1990 se livraient à des actions factieuses débouchant sur une grève insurrectionnelle dès le 25 mai 1991." Et c'est bien à partir de la gestion idéologique des communales que le Fis, revendiquant déjà des présidentielles anticipées, se préparait au premier tour des législatives auquel avait souscrit la classe politique démocratique, sous l'œil complaisant de l'armée. Et ce qu'écrit le Général Nezzar dans ce document traduit bien le malaise qui s'empara alors de l'armée qui se limitait à son rôle de spectatrice de ce qui allait conduire, pourtant, à l'arrêt du processus électoral : "Les municipalités du Fis échappaient à l'administration publique, les mosquées demeuraient des tribunes électorales et des foyers de subversion. Un million de cartes d'électeurs ne fut pas distribué. La présence intimidante des militants du Fis aux niveaux des bureaux de vote et l'absence quasi totale des autres formations, tout cela favorisa l'altération de la consultation législative du 26 décembre 1991."

R.M

( A suivre)

Subscribe to comments feed Commentaires (0 posté(s))

total: | affiché:
Vous devez être connecté pour poster des commentaires

Connexion utilisateur

Taggé comme:

Pas de nuage de Tags pour cet article

Estimez cet article

0

Message Choisi

Poutine a lancé un mandat international contre George Soros pour...

La lettre de l'Éditeur

La problématique de la révision constitutionnelle doit s’attaquer à l’essentiel...

Vous avez dit

Transparency International dans son rapport du 1er décembre pour l’indice...

Nos Forums

Le Premier Ministre M. Ahmed Ouyahia a affirmé, hier, lors...
Quand Bouteflika ruinait l’Algérie pour amoindrir le Maroc Le...

Copyright © 2010-2011 - Free Algérie. Tous droits réservés.