Amara Benyounès: la voix de son Maître?
Amara Benyounès dont le parti, l'UDR, est en voie d'agrément pour service rendu à Bouteflika, appelle les Algériens à un vote massif pour contrer les islamistes. Qui croira à ce discours de l'imposture des dictatures arabes désormais obsolète?
Amara Benyounès, Président de l’union pour la Démocratie et la République (UDR), parti politique en voie d’agrément, vient d’appeler sur les ondes de la radio chaine III les Algériens à aller voter massivement car c’est le seul moyen pour contrer les islamistes. Selon lui, ces derniers qui ont raflé la mise en 92 et récemment à la faveur des Révolutions arabes, le doivent à un fort taux d’abstention et à la disparité des forces démocratiques qui peinent à s’unir pour gagner la bataille des élections. "Il faut impérativement que tous les Algériens aillent voter. Le vote massif garantirait la victoire des démocrates et des patriotes. S’il y a un fort taux d’abstention, nous savons ce qui va se passer à l’image de ce que nous avons vu en Tunisie et au Maroc. L’abstention ne profite qu’aux intégristes" Il prête aux islamistes la capacité d'une forte mobilisation électoraliste, ce dont souffre le camp démocratique, éparpillé et concevant la victoire des islamistes comme une fatalité contre laquelle il n’y a rien à faire car, soutient-il, ils "ont un corps électoral qui vote. Il n’y a pas le même réflexe dans le camp des démocrates", affirmant qu’ "il y a une campagne d’intoxication de la population algérienne qui veut dire que les jeux sont déjà faits et que les intégristes vont gagner les élections. Donc, pas la peine de se préparer. Boubakr Belkaïd, qui a été assassiné par les intégristes, a toujours dit que les batailles que l’on perd sont celles qu’on n’engage pas."
Amara Benyounès, en parlant de la nécessité impérieuse d’un bloc démocratique aux prochaines législatives, n’exclut pas l’éventualité d’intégrer l’alliance présidentielle, tenant à rappeler que "Nous l’avons ( Boueflika, NDR) déjà soutenu en 2004 et en 2009.." Et pourquoi pas en 2012? N’eût été la corruption des concepts politiques dont fait usage le patron de l’UDR, l’argument aurait tenu la route. Mais voilà, la fausseté et la démagogie militante au service du pouvoir enrobe son discours.
D’abord, il commence par rassurer les Algériens que les prochaines élections ne sont pas truquées et qu’ils doivent être persuadés qu’elles sont entre leurs mains, qu'ils président grâce aux isoloirs, aux boites noires ou transparentes, aux bulletins de vote, à leur destinée et à leurs destinataires. Ce faisant, maîtres du jeu à la rouloette russe, sur lequel ne pèse aucune ombre de tricherie ou de fraude, ils devront faire le bon choix. Mais de quoi? De qui? Amara Benyounès qui ne croit donc pas que les dés sont pipés, ne donne aucun contenu politique à ce scrutin, si ce n’est celui, ô combien naïf, condescendant et démagogique de faire barrage aux islamistes qui menacent les urnes qui ne sont pas faites pour eux, se mobilisent, profitent de l’abstention, de l’éparpillement de "partis démocratiques" qu'il ne cite pas mais dont on devine l'identité, qui ne se renouvellent pas, tergiversent, usés.
Puis, Pour Amara Benyounès, les urnes prochaines doivent être un acte salutaire, de vie ou de mort pour l'option démocratique. Ainsi, ce que les communales, les législatives, les Présidentielles précédentes de l'Algérie post-88, n’ont pas pu faire, ces législatives de 2012 devront être la bataille du siècle, la dernière, l’ultime, avant une autre urne, la Présidentielle ! Les islamistes eux-mêmes soutiendraient Amara Benyounès dans son plaidoyer. Ils tiendront eux aussi la même surenchère, contrairement à ce qu’il leur fait dire: "Le discours des intégristes a évolué. Aujourd’hui, ils disent que s’ils ne gagnent pas les élections, cela veut dire qu’elles auront été fraudées. Même si l’on installe des caméras dans chaque bureau, pour ces gens là, ne pas gagner au vote signifie qu’une fraude a eu lieu" Les islamistes ne parlent pas de fraude, la dépasse, car ils savent, eux, que tout processus électoral est en leur faveur en tant que parti ou en tant qu’idéologie ou les deux, et qu’ils président aux véritables alliances avec ceux que Amara Benyounès qualifient de "démocrates", le FLN, le RND, le PT , excluant le RCD et le FFS qu’il accuse à mots couverts de léthargie et de manque de sang neuf pour pouvoir jouer des coudes aux législatives.
En fait, c’est un véritable appel au secours par les thèses du pouvoir sur lequel pèse le spectre de l’abstention que lance un Amara Benyounès dont le parti n’est pas encore agréé formellement parlant, prêt à jouer le valet de son maître pour lequel il a tant peiné officieusement et "damocratiquement" usant des mêmes discours et des mêmes subterfuges.
Enfin, toutes les voix de l’alliance présidentielle et du gouvernement se sont relayées pour tenir le même appel au secours. Pour l’occasion, ils deviennent tous par miracle des champions de la démocratie, de la sauvegarde d’une République menacée, anti-islmistes pour des raisons électoralistes. IL faut sauver sauver les urnes, pas du tout l’Algérie rarement citée ou pas du tout dans leurs harangues; une Algérie qui ne s’est jamais mieux portée hors des scrutins électoraux. Le ministre de l’intérieur, Dahou Ould Kablia écarte l’hypothèse d’une victoire islamiste au nom de vagues et pour le moins étranges "valeurs" et "spécificités" algériennes que viendront consacrer ces urnes saintes. Le premier ministre Ahmed Ouyahia tient, sensiblement, les mêmes hypothèses en n’écartant pas, cependant, une présence islamiste, comme en l’état, au sein de l’alliance qui ne bougera pas dans ses recompositions attendues. Le ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci rassure lui aussi les Algériens et appelle à un vote responsable. Ces cris de détresse face une prévisible forte abstention sont une aubaine pour les islamistes, surtout pour un MSP de Bouguerra Soltani qui n’a pas quitté le gouvernement et agit donc sécrétement dans une alliance stratégique avec Bouteflika dont il continue de soutenir les réformes, la concorde civile, ne désespérant pas de rafler plus de sièges au parlement avec la bénédiction du clan présidentiel qui veillera à sa majorité en diversifiant, cette fois, les doses islamistes. Avec son appel au vote massif, urgemment, Amara Benyounès n’escompte-t-il pas combler les vides qu’aurait laissés le RCD si d’aventure il déciderait de se retirer de la course. Le peut-il ? Pour cela, les rouages bien huilés des relais du pouvoir sont prêts à agir au quart de tour, sur les plates-bandes mêmes du parti de Saïd Sadi dont les députés ne seraient sans doute pas réjouis de perdre la manne rentière du parlement où ils jouent une figuration épisodique, comme dans un navet que personne ne regarde. De tout cela, Amara Benyounès vole au secours de Bouteflika et dégaine contre tout ce qui n’est pas du clan présidentiel en agitant le danger islamiste comme s’il était né hier et qu’il n’attendait que ces législatives pour encore frapper les Algériens par la faute de leur abstention...
Ces appels de détresse sont en fait des stratégies de soutien à un régime inique, qui bat de l'aile, qui a besoin de sous-fifre pour lancer, comme toujours, sa campagne électorale. Bouteflika, Ben Ali, Kadhafi, Hosni Moubarek, pour asseoir leur despostisme, étendre et consolider la corruption, raffermir leur clan, les mains pises sur la rente, édifient tout un arsenal discursif mensonger au travers duquel ils se servent des islamistes, de ses bras armés, de ses menaces de mort, pour apparaître comme des messies d'une République à protéger. Or, ce discours a pris la poudre d'escampette avec Ben Ali et les autres dictateurs. Il n'y a plus que Bouteflika et ses relais à s'en servir. Y a-t-il encore des naïfs pour croire à cette imposture?
R.M



Moi je dis, Amara Benyounès : qui s'en soucie ?