Rêve d'un "Nuremberg" algérien...
Si la traque des tortionnaires nazis de par le monde après le procès de Nuremberg n'a pas mis fin à l'idéologie de la croix gammée, elle a contribué en revanche à châtier le pardon et l'impunité, à privilégier les instruments de la Justice. L'on se prend à rêver d' une traque des chefs terroristes, commanditaires et exécutants du GIA, du GSPC, de l'Aqmi dans un autre "Nuremberg" en Algérie pour "crimes contre l'humanité"...
Hier, mardi, 10 janvier 2012, dans la soirée, France 2, dans ses documentaires "infrarouge", a rediffusé le film sur la traque des nazis ayant échappé au procès de Nuremberg, tenu en Allemagne grâce à la décision prise par Churchill d’arrêter les exécutions des agents de la gestapo, supplétifs d’Hitler, femmes et hommes, pendus, exécutés en public. La vengeance ne paie pas et ne laisse aucune trace pour les générations futures, dans l’Histoire afin que de telles monstruosités ne se commettent plus. Seule la justice est capable de rendre à l’Histoire la conscience devant les crimes de masse, en révélant, par des preuves irréfutables l’horreur commise. Le film, couvrant la période allant de 1945 jusqu’à la fin des années 90, les criminels nazis, montre comment les tortionnaires nazis sont débusqués un à un, dans les régions les plus reculées du monde, dans leur tranquillité et insouciance, reconvertis dans les affaires, élus maires, députés et jouissant d’une certaine estime de la population. Une masse de documents échappés aux incendies, à une destruction préméditée a été réunie par Szymon Wiesenthal qui a réussi à localiser Adolf Eichmann et par le couple Klarsfeld qui a débusqué Klaus Barbie, eux-même victimes ou enfants de parents morts en déportation. Lors du procès d’Adolf Eicheman, la journaliste Annah Arendt qui a assisté au procès a forgé un concept qui, au fil du temps, a subi bien des dérives sémantiques. Dans son "Rapport sur la banalité du mal", Hannah Arendt montrait comment cet homme qui avait tout raté dans sa vie, Eichmann, qui s’était engagé dans le Parti Nazi sans en connaître la doctrine, n’était pas "un monstre" mais "un clown". Elle s’interrogeait sur "l’indicible, l’impensable banalité du mal" dont elle se défendait de tout concept philosophique mais seulement appliqué au contexte et à la personnalité de ce tortionnaire nazi.
Les victimes du totalitarisme n’oublient pas et un crime resté impuni à la faveur de régimes dictatoriaux rebondit et rattrape les tortionnaires de leur vivant ou à titre posthume. En dépit du procès de Nuremberg, des images, des livres témoignages, des documentaires, dont celui du célèbre réalisateur américain John Ford sur l’horreur d’Auschwiltz aux premiers jours de sa libération par les Américains, l’idéologie nazie n’est pas morte, elle est relayée par les dictatures nationalistes et l’idéologie de l’islamisme politique.
L’on se prend à rêver, en regardant ce documentaire, d’une époque future où, en Algérie, les chefs du GIA, de l’AIS et leurs têtes pensantes seraient traqués dans le pays, de par le monde et traduits, eux aussi, dans un autre Nuremberg pour répondre de leurs crimes contre l’humanité ayant fait plus de 200.000 victimes au nom d’une "race supérieure" de Croyants. Mais pour ce faire, les justiciers seraient issus d’une nouvelle Algérie où l’Etat de droit serait consacré, où ils seraient suffisamment indépendants, professionnels, intègres et courageux, pour une telle mission pénale, politique et historique ; où la loi criminalisant la négation des massacres terroristes serait décrétée ; où la loi sur la concorde civile seraient enfin abolie et ses concepteurs poursuivis ; où, le terme de "décennie noire" serait associé à "crime contre l’Humanité" et non à une période restée impunie et considérée comme fait regrettable sur lequel il faut tourner la page au nom de l’amnistie et du pardon. Une simple et vulgaire amnistie qui profite à la gent prédatrice qui verse des larmes de crocodile sur les victimes pour mieux saper, voler les richesses du pays, exporter leur rapine dans les banques suisses là même où les "dignitaires nazis", chefs des camps d’extermination, déposaient des plaquettes d’or obtenues des bijoux, des dents de leurs victimes gazées ou brûlées vives dans les camps d'extermination.
L’on se prend à rêver que tous les discours retrouvés dans les archives écrites ou sonores congratulant les terroristes, commanditaires ou exécutants, seraient autant de pièces à conviction pour "collaboration avec l’ennemi" et que même les associations des victimes du terrorisme dont certaines ont été créées pour applaudir la concorde manoeuvrière rendraient des comptes devant la justice. Pour cela, aussi, il faudrait considérer l’islamisme politique comme une doctrine totalitaire, bâtie sur une volonté d’extermination et non comme un "terrorisme résiduel", occasionnel, épisodique, une sorte d’épiphénomène de l’Histoire. Mais, insistons sur le fait qu’il ne s’agit point de vengeance; encore qu'elle serait légitime quand les bourreaux bénéficient de la protection de l’Etat et qu’aucun recours à la Justice n’est possible, comme ce fut le cas de Mohammed Gharbi. Il s’agit surtout d’une réparation morale, éthique, historique de l’être algérien qui doit recouvrer sa dignité. Seule la justice est habilité à entreprendre une tâche de cette envergure et consacrer, dans les faits, un Etat de droit.
L’exemple le plus souvent cité en référence à l’amnistie des tortionnaires et de leur idéologie totalitaire est celui de l’Afrique du Sud. On oublie alors la stature de Mandela, symbole de son vivant de la lutte contre l’apartheid et la Justice de son pays n’a pas failli dans ce combat. Le Mandela algérien, Mohamed Boudiaf a été assassiné non par de simples tueurs à la solde de..., mais par l’idéologie du terrorisme islamiste et prédateur.
Nous disions qu’un crime resté impuni dans l’histoire rebondit et qu’un jour où l’autre les assassins de l’idéologie islamiste seront châtiés avec tous leurs courtisans. Les jeunes algériens nés en 1990 ou enfants à cette période ont atteint, cette année 2012, la vingtaine. Qu’ont-ils connu de leur pays ? Des crimes, des viols, des attentats, du sang, rien que du sang, des armes, fusils à canon scié, des bombes artisanales, des scies à métaux pour égorger des humains, des couteaux de boucher pour éventrer des femmes, dépecer des enfants, des incendies de villages, des exodes, des "hargas" désespérées; beaucoup parmi eux ont perdu dans ce drame, mère, sœur, père, frère, amis. Ont-ils oublié ? Oublieront-ils ? Ces jeunes seront-ils la force principale de la naissance de la 2ème république en Algérie car, sans le châtiment exemplaire et vigilant, de longue portée, de l’idéologie de l’islamisme en tant que doctrine totalitaire, une 2ème république algérienne est inenvisageable quels que soient les changements intervenus au sommet du parti au pouvoir ou au sein d'un Etat qui en serait issu.
L’Allemagne a poursuivi ses criminels de guerre mais elle a fort affaire encore aux survivances de leur idéologie ; la France a reconnu les "erreurs" de son passé colonial en Algérie, jugé Papon pour "crimes contre l’humanité" tant pour sa responsabilité dans les déportations de juifs de Vichy que pour la répression policière qu'il a mise en place en tant que Préfet de Paris dans les massacres d’Algériens le 17 octobre 61 à Paris, mais le pays fait toujours face à des courants xénophobes, nazis, néo-coloniaux. Condamner quelques terroristes du GIA, souvent par contumace, ne suffit pas. C’est la matrice de l’idéologie islamiste qu’il faut détruire dans ses précepts et projets funestes. Pour cela, il faut du temps, mais aussi des rêves…
R.M


